Infos & Débats n°25 | 3 décembre 2018

Crise démocratique

La mobilisation des « gilets jaunes », déclenchée suite à une hausse du carburant mais surtout à l’annonce d’une augmentation des taxes au premier janvier prochain, est en passe de se transformer en véritable crise démocratique.

Compréhension
La mobilisation inédite d’une frange de nos concitoyens, celle « des fins de mois difficiles » bouscule profondément les règles habituelles du débat public et des décisions qui en découlent. Elle met en évidence un angle mort de notre fonctionnement démocratique s'articulant autour du triptyque politiques-syndicats-médias. Grâce à la puissance des réseaux sociaux, devenus de véritables forums citoyens, des milliers de Français « secouent le cocotier » de l’ordre établi. Ils veulent participer directement aux arbitrages économiques et sociaux. Qui pourrait raisonnablement leur contester ce droit dans une République « gouvernée par le peuple, au service du peuple » ? C’est probablement ce qui explique le soutien important de l’opinion publique. Ceux qui occupent les rond-points ne sont que la partie émergée de l’iceberg : ils sont les porte-voix des smicards, chômeurs, retraités mais aussi d’une classe moyenne qui doit toujours payer et ne jamais rien toucher. Ils en ont assez d’être les variables d’ajustement de la compétition économiques. Le ras-le-bol fait consensus !
 

Incompréhension
L’expérience de « démocratie directe » a cependant ses limites. Elle charrie dans ses flots tumultueux des débordements de violence qui noircissent le tableau et desservent l’image à priori sympathique des manifestants. L’absence d’organisation y est pour beaucoup mais ces excès ne sont pas excusables pour autant.
Lorsque je suis allé rencontrer le groupe qui campe sur le rond-point « Eugène », j’ai également été frappé par la méconnaissance des rouages de nos institutions. Entre le maire de la commune à qui on a pu demander un service et le président de la République vu à la télévision, aucune autre fonction de la vie publique n’est identifiée, à commencer par le député. Je n’ai pas osé leur demander s’ils vont voter, mais je devine la réponse… Il y a donc un sentiment très fort d’absence de médiateur qui justifie leur volonté de s’adresser directement au sommet de l’Etat.
D’autre part, leur hostilité au monde politique est malheureusement alimentée par la circulation de beaucoup de fausses nouvelles, voire d’informations calomnieuses, sur les fameux réseaux sociaux. Sur le thème du « tous pourris », des sommets sont atteints! Leur colère n’en est que plus grande et sa dernière expression est de demander la destitution du président Macron en vertu de l’article 68 de la Constitution…pour motif de « haute trahison ». Ce gouffre entre des fausses certitudes acquises en ligne et la réalité des faits rend encore plus incertaine la sortie de crise. Et si l’on commençait par faire de la pédagogie sur le fonctionnement de la démocratie ?
 

Revendications
Qu’en est-il des revendications ? Elles ne manquent pas mais ressemblent davantage à un « nuage de mots » qu’à une liste articulée. Au cœur du réacteur, bien évidemment la question de la perte de pouvoir d’achat liée aux taxes. Il est évident que la grande réforme de Macron combinant hausse de CSG, baisse de taxe d’habitation et diminution des charges salariales n’a pas été comprise. Elle avait justement pour but d’augmenter le pouvoir d’achat des salariés sans pour autant plomber la compétitivité de l’économie française. Le ressenti risque encore de s’aggraver avec la hausse des taxes prévues au 1er janvier, date à laquelle interviendra aussi le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu. La dramatisation du discours politique sur la transition énergétique a, de son côté, largement contribué à alimenter l’angoisse d’être exclu du jeu. Ce slogan résume bien le sentiment général: « les politiques parlent fin du monde alors que nous pensons fin du mois ! ». C’est bien vu et cela montre que notre modèle consumériste, qui s’est imposé après la chute du mur de Berlin, a atteint ses limites et ne pourra survivre à un changement de cap imposé par la crise environnementale à venir. Le problème est qu’il n’y a pas, à ce stade, de modèle de rechange. Pour vivre de façon écologique, il faudrait vivre comme les pauvres d’un pays sous développé ou être très riche dans une ville cosmopolite. Le bon modèle  pour les gens « normaux » reste à inventer! La question du travail revient également, celui de sa rémunération, de son ambiance et du stress qui en découle, des problèmes de garde d’enfants… Enfin, il est parfois question des migrants et de la crainte qu’ils suscitent car ils n’ont rien à perdre pour trouver une place au soleil. La réponse politique sera donc particulièrement complexe à trouver, d’autant que le seul à pouvoir l’apporter est le président Macron. Ce sera un exercice périlleux où la forme et le style compteront autant que le fond.
 

Un diagnostic ancien
En réalité, tous les sujets abordés par les gilets jaunes ont été évoqués au cours des dernières années, soit à l’occasion de la Primaire de la droite et du centre, soit à l’occasion de l’élection présidentielle de 2017. Bruno Le Maire, souvenons-nous, revendiquait le besoin d’un « choc démocratique » pour renouer le dialogue avec les Français et combattre le sentiment que seul une élite surprotégée monopolisait les leviers du pouvoir. Le candidat Macron n’a pas dit autre chose. Ainsi, sa réforme constitutionnelle  (pour l’instant reportée suite à l’affaire Benalla) veut changer le rôle du Conseil économique et social pour en faire le véritable lieu d’expression des doléances citoyennes, et il prévoit en parallèle une réforme radicale du Parlement. Sa réforme fiscale est centrée sur l’augmentation du pouvoir d’achat des salariés et c’est bien ce qui lui a fait préférer le levier de la CSG plutôt qu’une augmentation de TVA pour financer ce changement. Et je pourrais poursuivre l’énumération.
Au fond, le plus grand problème c’est que nous ne savons plus nous parler. Le développement des réseaux sociaux donne l’illusion de pouvoir dialoguer avec la terre entière. En réalité, ils fonctionnent en vase clos où l’on ne se parle qu’entre « amis » partageant les mêmes convictions mais ignorant totalement celles du réseau voisin. Alors il est urgent de réinventer une nouvelle forme de démocratie qui permette une expression plus directe de tous les citoyens. L’idée de consultations publiques sur les arbitrages économiques ou sur les choix de société me semble intéressante, l'essentiel étant d’aboutir à une répartition plus juste des efforts pour redresser la France.

La délégation du Groupe d'amitié à l'issue de l'entretien avec Rumen Radev, Président de la République bulgare.
Rencontre avec Tsveta Karayancheva, Présidente de l'Assemblée nationale bulgare.
 
Déplacement d'une délégation du groupe d'amitié France-Bulgarie en Bulgarie
La semaine dernière, en tant que président du groupe d’amitié France-Bulgarie, j’ai eu l’honneur de mener une délégation de députés en visite au Parlement bulgare. Accompagné de mes collègues Carole Bureau-Bonnard, Delphine Bagarry, Martine Wonner pour LREM, Jean-Luc Lagleize pour le MODEM, Frédéric Reiss pour LR et Jérôme Lambert pour le PS, ce déplacement a donné lieu à des échanges très denses avec nos interlocuteurs.
 
Après avoir découvert le fonctionnement de l’Assemblée nationale de Sofia en plein débat budgétaire, nous avons pu approfondir les questions sociales avec le président de la commission compétente. Pour sa part, la présidente de la commission des affaires étrangères nous a fait un tour d’horizon complet des enjeux géopolitiques du bassin de la Mer Noire en insistant sur la volonté de la Bulgarie d’intégrer l’espace Schengen. Enfin, l’avenir de la Politique agricole commune était au cœur des échanges avec l’ancienne ministre de l’agriculture, en sachant que la Bulgarie a des potentiels très important dans le secteur viticole.
 
Tout au long de ces échanges nous avons noté une forte inquiétude autour de la question de la transition énergétique et en particulier au sujet de l’impact de la taxe carbone sur l’économie locale. Il est vrai que l’essentiel de l’électricité y est produite dans des centrales au charbon. L’arrêt de telles centrales nécessitera la reconversion professionnelle de près de 20.000 ouvriers des charbonnages.
 
Nous avons été particulièrement honorés d’être reçus par le Président de la République bulgare, M. Rumen Radev. Pendant une heure, les membres de la délégation ont pu échanger avec le chef de l’Etat sur nos appréciations respectives des grands défis européens qui seront au cœur du débat démocratique lors des élections européennes de mai prochain. Politique économique, Brexit, politique de défense commune, gestion des flux migratoires, protection de l’environnement, échanges culturels furent les principaux sujets évoqués.
 

Enfin, ce déplacement nous a également  permis de rencontrer des chefs d’entreprise français, de visiter deux lycées enseignant en langue française, ainsi que l’Institut français de Sofia chargé de diffuser la culture nationale sous toutes ses formes. C’est d’ailleurs cette dernière thématique qui permettra à nouveau de braquer les projecteurs de l’actualité sur la Bulgarie, la ville de Plovdiv ayant été désignée « capitale européenne de la culture 2019.

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Nombre de lettres de l'alphabet cyrillique bulgare.
 
En images
Comme de coutume,  la Sainte-Barbe est l'occasion de remettre des décorations aux sapeurs-pompiers et d'honorer ainsi leur engagement sans faille au service de leurs concitoyens. © G. Riesterer
Aux expositions d'aviculture, ce sont souvent les lapins qui attirent le plus les petits visiteurs: à Erstein un magnifique lapin Rex sorti tout droit d'un imagier.  
Antoine Herth | Député du Bas-Rhin
5 rue Roswag 67600 Sélestat


www.antoine-herth.fr

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