Infos & Débats n°18 | 26 juillet 2018
Crash test

L’expression crash test vient du monde de l’automobile et consiste à vérifier sur pièce – en provoquant une collision - si un véhicule répond aux règles de sécurité et permet de protéger ses occupants en cas d’accident. Avec l’affaire Benalla, c’est l’exercice auquel viennent de se livrer la majorité parlementaire, le Gouvernement et l’Elysée  !

De l’idylle au cauchemar, il n’y a qu’un pas

Ce mois de juillet avait pourtant commencé en beauté, mieux, comme une apothéose de la première année du quinquennat d’Emmanuel Macron. Souvenons-nous, c’était hier : le 1er juillet, entrée de Simone et Antoine Veil au Panthéon ; le 7, début du Tour de France ; le 14, défilé militaire sur les Champs-Elysées sous un soleil radieux et, cerise sur le gâteau, le 15, victoire des Bleus au Mondial.

Il y avait bien eu un petit signe précurseur que seuls les superstitieux ont noté  : l’averse de pluie qui a trempé notre fringant Président lors de la remise du trophée. Enfin, dans cette marche triomphale, je n’oublie pas le Congrès du Parlement à Versailles, le 9 juillet, où un Macron sûr de lui improvise une amendement à la Constitution l’autorisant à répondre aux prises de position des groupes politiques. Après les frasques de son garde du corps,  le voilà servi  : il est sommé de répondre  !

Des questions et des doutes

L’ambiance a tourné au vinaigre et c’est bien le Chef de l’Etat qui se trouve en première ligne suite aux dérapages de cet individu interlope à qui il a confié d’assurer sa sécurité rapprochée et l’organisation de ses déplacements privés. Ces choix relèvent plus de l’amateurisme que d’une gouvernance digne du dirigeant de la 5e puissance mondiale. En tout cas, il y a matière à polémique et à investigation, et pas qu’un peu.

Pourquoi court-circuiter les services officiels? Qui a autorisé Benalla à porter des insignes et des équipements de police qui ne correspondaient pas à sa fonction et à faire le coup de poing dans les rues de Paris? Pourquoi ne pas saisir la justice alors que ses actes de violence étaient connus dès le lendemain des manifestations du 1er mai et ont donné lieu à des sanctions administratives?Autant de questions que les Commissions d’enquête parlementaires devront éclaircir. Lors de ses premières auditions, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb affirme n’avoir été au courant de rien. De son côté, le Préfet de police nie toute implication et pour cause: il semble avoir été court-circuité par ce que certains qualifient de garde privée du Président.

Qui a le pouvoir de décider et de garantir la sécurité dans notre pays? Emmanuel Macron doit comprendre qu’il n’est pas maître des mesures de protection que sa fonction nécessite ni de qui les exerce: c’est la mission des services de l’Etat, police et gendarmerie…et services de renseignements, réputés pour leurs professionnalisme et abnégation.

Mardi soir, Emmanuel Macron a enfin reconnu son erreur devant ses troupes réunies pour un happening de fin de session. On est loin de l’ambiance triomphale de Versailles !

Une opposition qui se muscle

Cette séquence qui enflamme les médias depuis une semaine a été un cadeau en or massif pour une opposition de gauche comme de droite qui cherche ses angles d’attaque depuis un an. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, les cafouillages de la communication gouvernementale ont été une occasion rêvée de faire le buzz.  La Nouvelle Gauche a également retrouvé un peu de voix. Quant au groupe LR, il espère vivre son heure de gloire à l’occasion du dépôt d’une motion de censure réclamant la démission du gouvernement.

Ce faisant, il rend un fier service à la majorité qui saisira l’occasion pour faire bloc derrière ses ministres et leur réaffirmer sa confiance. Une sortie inespérée et par le haut d’une situation plus que confuse! Le grand gagnant de cette affaire est Edouard Philippe qui a su protéger son patron, reprendre les commandes d’un gouvernement tiraillé par la cacophonie et rassurer une majorité habitée par le doute. Lors des questions d’actualité, il n’a eu de cesse de répéter que «  nul n’est au-dessus des lois  ». Il est bien le seul à avoir retenu la recette qui a conduit le foot français au succès: jouer collectif. Et dire qu’à Versailles certains spéculaient sur un possible remplacement  du Premier ministre.

Dégâts collatéraux

Cette remise en état de marche des institutions de la République se fait quand même au prix du retrait de la Réforme constitutionnelle de l’ordre du jour du Parlement. Il est vrai qu’au-delà des mesures de bon sens comme la suppression de la Cour de justice de la République ou encore le renforcement de l’indépendance de la magistrature, le cœur du projet est l’équilibre des prérogatives entre l’exécutif et le législatif. Au plus fort de la crise, le président de l’Assemblée à démontré jusqu’à l’absurde à quel point le Parlement français restait «  aux ordres  » : avant de décider, il attendait les consignes de l’Elysée.  On a connu plus évidente séparation des pouvoirs! Le télescopage frontal était devenu inévitable lorsque cette affaire, qui a toutes les apparences d’un abus de pouvoir, a éclaté en plein examen du projet de loi!

La 5e République donne un poids exorbitant au Président et à son gouvernement, et il est de surcroît hyper-centralisé, soit. Mais à l’heure où nos concitoyens sont informés en temps réel de toute décision qui les concerne, il n’est plus acceptable que le Parlement soit réduit à un théâtre des ombres où les gouvernants distillent des demi-vérités et n’attendent en retour qu’un plébiscite de leurs choix variables au gré des circonstances et des humeurs.

Une fois de plus, mon expérience au contact de mes collègues allemands du Bundestag m’a convaincu qu’un Parlement fort, exigeant et sans complaisance vis-à-vis de l’exécutif, est tout le contraire d’un affaiblissement des institutions: c’est le gage d’une capacité de réforme d’un pays dans la durée et dans la stabilité. Rendez-vous est donné en septembre pour la suite du bras de fer.

Quid du Droit local ?

L’amendement que le gouvernement a accepté de déposer afin de permettre la modernisation du droit local d’Alsace-Moselle sera-t-il encore à l’ordre du jour? Il n’est pas certain que l’Elysée et Matignon acceptent de maintenir leur position actuellement favorable.

En effet, cet amendement qui fait consensus dans la majorité comme dans l’opposition alsacienne repose sur une contre-partie  : c’est l’acquiescement (fut-il tacite) au principe de réforme de la Constitution.  Or, le zèle qu’ont mis certains de mes collègues à bloquer les débats par des rappels au règlement plus que musclés peut légitimement faire douter de leurs réelles motivations. Où sont leurs priorités? Etre des champions d’une opposition irréductible? Ou aller au fond et à l’essentiel en sécurisant les règles sociales auxquelles nos concitoyens sont attachés plus que tout? Il leur appartiendra de clarifier cette question avant l’automne.

Pour ma part, je n’ai pas varié en m’inscrivant toujours dans un esprit constructif  : être critique lorsque les choix de l’exécutif diffèrent de ce que je perçois comme l’intérêt général, mais aussi approuver des propositions dès lors qu’elles vont dans la bonne direction.

Epilogue

La semaine prochaine sera la dernière d’une  «  session extraordinaire  » riche en coups de théâtre. Les trois semaines de vacances qui suivront ne seront pas de trop pour calmer les esprits. Je laisse le mot de la fin à un de mes collègues de la majorité qui commentait ainsi l’ambiance en interne : « Nous avions pris l’habitude de marcher sur l’eau, il va falloir apprendre à nager. »  Et pour ce qui est du style de nage au cours des derniers jours, c’était plutôt brasse coulée  !

Bonnes vacances à toutes et à tous.

Parlementaires allemands et français du Groupe de travail franco-allemand sur le Traité de l'Elysée se sont retrouvés pour une journée de travail à Strasbourg.
La ministre de la santé et des solidarités a été auditionnée par le groupe UDI-AGIR sur ses projets en matière de réorganisation hospitalière et de modernisation des EHPAD.
Le Groupe d'études brassicole a reçu des représentants de la filière houblon alsacienne pour un point sur les enjeux d'une filière en pleine mutation.
Les Grands blancs d'Alsace accompagnés de spécialités locales ont eu un grand succès lors du Tour de France des Vins organisé par le Groupe d'études Viticulture.

400

millions
C'est le montant que le gouvernement veut prélever sur les ressources des Chambres de commerce et d'industrie sur les quatre prochaines années, ce qui menacerait 8000 emplois.
En images
Couper de baguette pour l'inauguration de la Maison du Pain à Sélestat: l'espace musée qui retrace l'histoire du pain est complètement rénové et les spécialités du fournil toujours aussi bonnes. 
https://maisondupain.alsace/
La diffusion d'Infos et Débats sera interrompue pendant les congés d'été et reprendra à la rentrée parlementaire. 
Antoine Herth | Député du Bas-Rhin
5 rue Roswag 67600 Sélestat


www.antoine-herth.fr

Si vous souhaitez vous désabonner de cette publication, cliquez ici.

Pour suivre l'actualité d'Agir, la Droite Constructive ou adhérer en ligne, rendez-vous sur le site d'Agir.